Voici avec son autorisation les questions que notre collègue Raphaël Vignando m'a soumises après lecture de la traduction du chapitre de Kelly Wilson et Amy Murrell :
J'ai lu le texte du travail sur les valeurs en ACT que vous m'avez gentiment envoyé et plusieurs questions me viennent en tête. En effet, travaillant avec des adolescents délinquants surtout avec une approche centrée sur les schémas et avec une motivation relativement basse pour faire un travail sur soi, je trouve que le travail sur la recherche des valeurs comme base pour donner du sens aux exposition futures et au travail en général est pertinent.
Cependant, dans la thérapie des schémas, si nous faisons un petit parallèle, la fonction des valeurs comme "porteur de sens" est représentée par les besoins fondamentaux de base de l'enfant. C'est pour combler ses besoins inassouvis que le patient va trouver "la force" pour s'exposer à ses émotions douloureuses. Ca fait mal mais il sait aussi dans quel but.
Les besoins et les valeurs ne sont pas synonymes mais ils se recoupent d'une certaine manière. Je pense que les valeurs sont à rechercher car tout aussi importantes que les besoins. Le problème avec une population d'adolescent se retrouve au niveau des valeurs mêmes : l'argent étant la première.. Comment faire à partir de là ? (certains vivent leurs valeurs mais avec des inconvénients, certes).
De plus, l'article présente des exemples pour des troubles anxieux, quid des troubles de la personnalité où l'exposition aux émotions douloureuses est évitée de manière très rigide ? Je pense surtout aux personnes qui ne ressentent plus leurs émotions, qui sont détachées. Comment faites-vous avec ces personnes-là avec l'ACT ?
Enfin, toujours d'après mes lectures et mon travail (orientées sur les schémas et les modes), il est dit que l'exposition aux émotions sans rematernage ou reparentage est inutile voire nocive (la première étape est cependant de faire de l'exposition sans rien faire, ce n'est qu'après que le rematernage intervient). C'est comme ouvrir une plaie sans s'en occuper. D'après votre article, l'exposition aux émotions se fait de manière "classique", selon le principe de l'habituation avec des exercices de minfulness. Est-ce suffisant pour un trouble de la personnalité ? le rematernage n'est-il pas un "plus" couplé au mindfulness ?
La thérapie des schémas a pour but d'élargir, tout comme l'ACT, si j'ai bien compris, le répertoire comportemental des patients et lui apprendre à ne plus éviter ce qu'il redoute. De plus, le but des deux courants n'est pas de supprimer la pathologie mais de faire avec, sans trop souffrir, accepter une certaine dose de souffrance et surtout savoir quoi faire quand elle est là. Quels sont alors les points fondamentalement divergents entre ces deux approches ?
A quoi fait référence le texte quant il parle d'exercices d'acceptation ? au mindflness lui-même ?
Voici donc les questions qui me viennent à l'esprit après avoir lu cet article. Malheureusement ou heureusement les jeunes n'ont pas beaucoup de troubles anxieux, c'est plutôt rare. Ils ont surtout des troubles des conduites ou des prémisses de troubles de la personnalité. C'est pourquoi je ne fais pas référence à ces troubles dans ce mail.
Mes réponses vont suivre dans des courriels séparés. J'imagine que vous avez tous des commentaires et des réflexions à propos des points importants soulevés par Raphaël et je vous invite tous à entrer dans une discussion que je serais heureux de voir s'animer. Il suffit de taper ses réflexions sur le clavier et de rester – en pleine conscience – avec toutes les pensées qui viennent au moment de presser sur le bouton «envoyer» ;-)
Philippe
Docteur Philippe Vuille
Psychiatrie et psychothérapie FMH
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