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Discussion à propos de la notion de "valeurs"   Message List  
Reply | Forward Message #26 of 293 |
Attention, ce texte est long ! Il représente une tentative de synthèse
de la discussion relative au concept de valeur amorcée avant Noël avec
Jean-Louis.
Avec l'accord de Jean-Louis, j'ai soumis notre discussion au forum
international.

Hank Robb nous a rappelé le texte de l'exposé qu'il avait présenté à la
conférence mondiale de Londres cet été.

Hank commence par rappeler la définition du concept de valeur figurant
dans le livre ACT de Hayes, Strosahl et Wilson de 1999 (p. 206) : Les
valeurs sont des conséquences globalement désirées dans la vie,
verbalement construites. Il cite ensuite John Dewey, qui critiquait en
1932 déjà les positions mentalistes : «La personne qui a faim recherche
de la nourriture. Nous pouvons, s'il nous plaît de parler ainsi, dire
qu'elle est mue par la faim. Mais le mot faim n'est en fait qu'un nom
que nous donnons à la tendance de la personne vers l'appropriation de
nourriture. Aller plus loin et créer une entité à partir de cette
relation active de la personne à des objets puis traiter cette
abstraction comme si elle était la cause de la recherche de nourriture
nous plonge en pleine confusion. Il en va de même quand nous disons
qu'une personne est mue par l'amabilité, la pitié, la cruauté ou la
malice. La bienveillance ou la cruauté ne sont pas des choses qu'on
peut avoir comme on a des billets de banque dans son portemonnaie,
c'est quelque chose qu'on est. Et comme notre être est actif, ces
qualités sont des modalités d'activité et non des forces qui produisent
l'action.» Hank Robb commente ensuite : «Nous pouvons, s'il nous plait
de parler ainsi, dire que la "chose" qu'ACT appelle "valeurs" "donne
une direction". Et, dans la définition courante, ce qui donne une
direction, c'est une construction verbale, c'est-à-dire, dans les
termes de la TCR, de la réponse relationnelle arbitrairement applicable
(RRAA) en action. Je propose que nous considérions le caractère
«global» des valeurs non pas comme lié à la fréquence avec laquelle
nous désirons certains résulats mais plutôt en relation avec le degré
de disponibilité de ce que nous appelons «valeurs» pour la direction de
nos actions. Leur «globalité» réside ainsi dans leur capacité,
virtuellement infinie, à donner une direction et non dans notre désir
virtuellement infini de voir survenir certaines conséquences dans notre
vie. C'est pour cette raison que je préfère utiliser le terme de
«principes directeurs» pour parler de ce qui nous occupe ici. Cette
formule rend compte de la constante disponibilité de ces principes pour
nous diriger dans la jungle de la vie avec laquelle chaque nouveau pas
que nous faisons nous met en contact. Si nous regardons en arrière,
nous voyons un chemin, celui que nos actions ont tracé. Mais si nous
regardons devant nous, il n'y a pas de chemin car personne n'a jamais
vécu notre vie avant nous. Les principes directeurs fournissent une
direction nous permettant de nous orienter dans cet inconnu qui est le
prochain moment de notre vie, et le prochain, et le prochain.» Je ne
puis pas traduire ici tout ce texte, dont Hank reconnaît lui-même qu'il
est «dense». Je l'ai transmis à Jean-Louis, qui a fait les commentaires
suivants :

Me voila un peu mélangé : je crois y comprendre que la mise en exergue
des valeurs consiste a mettre sur le devant de la scène les
conséquences éloignées ou cumulatives auxquelles nous n'avons pas
accès directement (opposition entre « in the moment » et « on reflexion
» comme dans le cas des règles). Zut, moi qui croyais avoir bien
compris que ACT permettait au contraire de reprendre contact
directement avec nos actions et l'environnement ! Aïe, ça se complique
! A moins que la réponse ne se trouve dans "AARR can put us out of
touch with non-verbal ways of experiencing life. But it can also
incorporate functions of experience that initially may not have been
encountered verbally into relational networks that can be put in the
service, rather than the detriment, of vital living". (Traduction : "Le
RRAA peut nous empêcher d'entrer en contact avec des façons
non-verbales de faire l'expérience de la vie. Mais il peut aussi
incorporer de façon verbale des aspects de l'expérience – qui peuvent
initialement ne pas avoir été rencontrés – dans des réseaux
relationnels pouvant être mis au service d'une vie vraiment vivante
plutôt que d'y faire obstacle." (Merci à Jean-Louis pour sa relecture
attentive de cette traduction qui m'a permis de corriger un
contre-sens). Peut-être s'agit il de dire que répondre
relationnellement permet le meilleur comme le pire. (Cette remarque de
Jean-Louis à propos du fait que répondre relationnellement permet le
meilleur comme le pire me fait penser à la fameuse fable d'Esope
http://home.tele2.fr/reseauesope/histoire_d'esope.htm Ainsi, ACT et la
TCR n'auraient pas 23 mais 2700 ans !)

Cependant, il semble que « it is AARR that helps us persist when we
distinctly don't "feel like doing so" » (Traduction : "C'est le RRAA
qui nous aide à persister quand nous ne nous «sentons» manifestement
pas de le faire.") réponde à notre interrogation précédente. Les
réponses relationnelles arbitraires agissent comme renforçateurs
intermédiaires qui maintiennent l'action en direction des valeurs.
Elles sont effectivement verbales et, on peut le supposer,
auto-administrées. Robb rappelle que ce sont des « augmentals ». Il
faut que j'aille revoir la définition exacte. Il termine en précisant
que les « leading principles » agissent comme des stimulus
discriminatifs en présence desquels les actions que nous approuvons ont
plus de probabilité d'être renforcées.

Je résume ce que j'ai écrit au forum international le 24.12 :

La réponse aux questions que nous nous posons se trouve peut-être dans
les archives du forum et dans certaines discussions en cours. La
contribution envoyée par Steve Hayes la veille de Noël dans laquelle il
élabore à partir de la phrase «le résultat est le processus par lequel
le processus devient le résultat» en est un bon exemple. Il y mentionne
le terme de «jargon de niveau moyen». Dans une contribution datée du
23.9.06 il avait écrit : «Nous avons besoin de termes cliniques de
niveau moyen comme défusion, valeurs, pistage etc. pour passer des
opérants relationnels au monde des comportements humains complexes et
des contextes sociaux dans lesquels ils prennent place.» Dans la
première partie du livre ACT de 1999 qui traite des bases théoriques,
il n'est pas question des valeurs; par contre, les différents aspects
de la notion de comportement gouverné par des règles (CGR) y sont
exposés dans le détail. Dans l'introduction à la seconde partie
(consacrée aux applications cliniques), on peut lire l'avertissement
suviant : «Le ton des six chapitres qui vont suivre est passablement
différent des précédents. Le discours scientifique repose sur des
descriptions précises et techniques. Il dépend de la signification
littérale et de la cohérence du discours à ce niveau. Le discours
thérapeutique est purement pragmatique; dès lors, toute façon de parler
qui va permettre de mener avec succès le travail à faire sera
pragmatiquement "vraie" même si elle peut être scientifiquement
"fausse" ou s'il peut y avoir incompatibilité entre une période de
temps et une autre.»

Le concept de «valeurs» doit donc être compris comme un terme de niveau
intermédiaire, utile pour le travail clinique, dont nous ne sommes pour
le moment pas encore en mesure de donner une définition opérationnelle.
Je cite encore une fois une contribution envoyée par Steve Hayes ( le
1er novembre dernier) au forum international dans le cadre d'une
discussion méritant à mon avis également le qualificatif de «dense» à
propos des relations entre CGR et «Quand nous aurons réussi à rendre
compte de la notion de valeurs en termes de TCR, nous serons prêts à
relever ce défi. Non pas que la question des valeurs et celle du CGR se
confondent; simplement, les aspects du concept de valeurs les plus
difficiles à décrire en termes de TCR sont inhérents au concept de
CGR.»

Je voyais donc deux options possibles pour approfondir notre discussion
:

(1) Nous associer à la difficile et «dense» discussion en cours visant
à aboutir un jour à un compte rendu scientifique du concept de valeurs.
La voie à suivre passe par l'approfondissement de nos connaissances en
TCR (les matériaux nécessaires ne sont cependant pas traduits : Ce sont
principalement le livre consacré au sujet publié par Hayes,
Barnes-Holmes et Roche en 2001 et le tutorial d'Eric Fox). En faire de
même avec la notion de CGR (le chapitre écrit par Zettle et Hayes en
1982 est un bon point de départ pour comprendre les notions de pliance,
de pistage et d'augmentage [je risque ces traductions provisoires pour
les concepts de pliance, tracking et augmental]). La discussion
inaugurée par Niklas Törneke le 14.9.2006 (voir
http://tech.groups.yahoo.com/group/acceptanceandcommitmenttherapy/
message/7409) et ravivée récemment (voir
http://tech.groups.yahoo.com/group/acceptanceandcommitmenttherapy/
message/8129) me semble concerner assez précisément les questions qui
nous intéressent.

(2) Rester pragmatiques et utiliser le mot de «valeurs» comme un terme
utile à notre pratique clinique. La question ne serait alors pas tant
de savoir s'il est «vrai» ou pas que la notion valeurs peut être
décrite en termes de DRO mais plutôt celles de savoir (a) à quoi nous
voulons que serve cette façon de parler et (b) si elle nous aide à
atteindre le résultat voulu.

Kelly Wilson nous a répondu le 24 décembre (je l'ai remercié pour ce
cadeau de Noël en m'excusant d'avoir fait intrusion dans un monde de
café et de natation).

Je pense que c'est bien de demander. Même très bien. Et fureter dans
les archives du forum c'est bien aussi. On y trouve des trésors. Je ne
voudrais pas que des collègues restent en retrait parce qu'ils ont peur
que la question qui les intéresse ait déjà été discutée. Je suis
actuellement en vacances, je bois un peu de café en pensant à aller
nager dans la mer, donc je ne dirai pas grand'chose, juste un mot à
propos de la question du DRO. Dans les procédures de DRO, une personne
qui a l'intention de changer le comportement d'une autre intervient en
ajoutant des conséquences à chaque comportement émis «autre» que le
comportement qu'elle veut éliminer. On pourrait ainsi ajouter du
renforcement pour pour tout comportement autre que de l'évitement. Mais
que sera le renforcement que nous allons ajouter ? Quelques éloges, des
encouragements, des bravo ? Il y en aura peut-être un peu, mais ce qui
m'intéresse surtout ce sont les choses importantes qui organisent le
comportement du patient. Après tout, est-ce que je tiens à ce que mon
approbation soit une valeur importante pour le patient ? Pas tant que
ça. D'ailleurs, je ne vais pas rester avec le patient pour donner le
renforcement. Ce qui motive le comportement du patient c'est la
concordance entre le mode d'organisation (patterning) de son
comportement et un certain mode d'organisation verbalement construit
qu'il_valuerait dans un monde où valuer serait possible. AINSI, la
question devient : Qu'y a-t-il entre ce monde et lui ? Vous savez tous
bien que, quand je parle de valeurs, je pense à des schèmes d'activité
dans lesquels il est possible de s'engager
quelles_que_soient_les_circonstances. Nelson Mandela a continué à tous
nous valuer pendant toutes ces années où ils l'ont gardé enfermé dans
une prison. ( «Les murs de pierre ne font pas une prison, ni les
barreaux de fer une cage.» Richard Lovelace,) Je doute que son
comportement ait été organisé par «Bon travail, Nelson». Le
renforcement était_dans_le_mode_d'organisation du comportement lui-même
(c-à-d. dans sa concordance avec un schème verbalement construit. Nous
n'ajoutons pas du renforcement pour un "autre" comportement, c'est un
comportement qui est déjà là -- donc, pas de DRO.)

En fait, tout cela signifie que les obstacle à l'action de valuer (je
ne parle pas ici d'activités particulières, mais du fait de valuer)
sont de nature verbale : fusion et non-acceptation.

Bien, finalement un peu plus que mes deux cents

Paix pour les fêtes

Kelly

Voilà où nous en sommes pour le moment. Je vous souhaite à tous une
magnifique année 2007

Philippe

Mon Jan 1, 2007 4:49 pm

philippevuille
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Philippe Vuille
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