From: Philippe Vuille [mailto:phve@...] Sent: Tuesday, July 22, 2008 3:55 PM To: DR PENET Cc: Sandra Georgescu Subject: Re: les soi... La question que tu poses est passionnante. C'est une de celles que je voudrais approfondir. Evidemment, comme toujours, le temps manque. Alors je te propose quelques pistes, en complément des explications de Sandra. La meilleure discussion des questions du soi, qui me semble tout particulièrement éclairer la difficile (et importante) notion de soi comme processus, se trouve dans le chapitre 6 («The Self») du livre de Kohlenberg et Tsai consacré à la psychothérapie analytique fonctionnelle. Un de mes projets est de traduire ce livre. Il est toujours remis à plus tard. J'annexe ce que j'ai déjà traduit à titre de «galop d'essai». Tu peux trouver une version préliminaire de ce fameux chapitre 6 sur le site de la FAP sous http://www.functionalanalyticpsychotherapy.com/i%20speak.pdf Evidemment c'est en anglais et il y a aussi un problème de mise en page qui fait que la fin de chaque ligne est tronquée de quelques caractères, ça n'aide pas à la compréhension. Mais c'est un pur régal. Enfin, je crois que nous sommes encore et toujours piégés par la tendance du langage à «chosifier» des processus. Je ne saurais mieux m'exprimer à ce propos que Kelly Wilson et je vais donc traduire ce qu'il écrivait le 28 mars dernier au forum international : Nous ferions bien de ne pas oublier que tous ces mots que nous employons pour parler de «soi», «moi», «contenu», «contexte» etc. ne sont que des façons de parler – nous/scientifiques/cliniciens en train de nous comporter. Le contextualiste qui s'intéresse à de «véritables» façons de parler à intérêt à prendre un peu de recul de temps en temps pour se poser cette question : «Quelle est la fonction de cette façon de parler ?» Ou, en termes plus conventionnels : «A quoi ça sert ?» «Qui ou quoi au monde est-ce que je suis en train d'essayer de changer en parlant de cette manière ?» Posez cette question et vous verrez parfois apparaître davantage de clarté dans la définition des termes. Quand on se laisse emporter trop avant dans le pays du qu'est-ce_que_x, y ou z, on en vient facilement à oublier que de telles questions n'ont aucun sens pour un contextualiste dans un autre contexte que celui des buts qu'il poursuit avec son discours. Ce mot «EST» est un puissant petit cadreur relationnel. Il transforme vite fait les mots en choses sans même que nous nous en rendions compte. Aussitôt qu'on peut parler de x, on peut le chosifier. Une fois que c'est devenu une chose, il nous faut décider quelle genre de chose c'«EST». Soi-comme-processus, soi-comme-contenu, soi-comme-contexte, autant de façons de parler, et à quelle fin ? Décryptez-moi ce rébus contextualiste. Il importe, et tout particulièrement dans le discours scientifique, que le langage soit précis. Mais il est difficile de rester fidèle à une conception inhabituelle de la vérité dans un contexte qui nous demande sans cesse de transformer un monde processuel et entier en un monde constitué d'«objets» et d'«événements» séparés qui ont chacun un début, un milieu, une fin, des limites. C'est une pente savonneuse. Je pense que le discours à propos du soi est important/valable/utile. Mais en grande partie à cause justement de notre tendance comme être humains à nous chosifier nous-mêmes, de manière souvent étroite et avec un coût élevé. Comment parviendrons-nous à enrayer cette habitude omniprésente de chosifier ? Comment pouvons-nous aider les gens/nos patients à simplement remarquer qu'ils le font ? Comment pouvons-nous nous amadouer nous-même pour nous le faire remarquer quand nous le faisons avec eux ? Y a-t-il des façons de parler de soi susceptibles de desserrer le soi-camisole-de-force que les gens portent ? Je ne donne pas de réponses, je ne fais que soulever une question. Et dans quel but ? Il vaut mieux que je me mette en route. Il vaut mieux que je me mette en route. Je dois faire un voyage d'Oxford à Oxford. J'espère que «je» ne vais pas les décevoir. Il «EST» facile pour moi de voir que «je» = «pas assez.» ;o) A propos de forum, est-ce que cette discussion ne devrait pas y figurer ? Mon intelligence qui ne me dit pas que des bêtises me souffle qu'on ne doit pas être que trois francophones à s'intéresser à ces questions. Qu'en pensez-vous ? Le 21 juil. 08, à 08:18, DR PENET a écrit : Bonjour Philippe, bonjour Sandra, Autant je crois avoir bien assimilé l'idée du soi concept, autant j'ai beaucoup de difficultés à saisir les liens , différences entre soi descriptif, processus (celui de la pleine conscience?) et le soi contexte ( il me fait penser à une citation de Maître Eckhart "l'oeil avec lequel je regarde Dieu est le même que celui avec lequel je le regarde"); pourriez-vous m'éclairer?
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Sandra Georgescu <sgeorgescu@...>
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