Cher Philippe, Chers tous,
Merci pour votre réponse. J'y reviens et j'essaie de répondre ensuite
à votre question sur le matching généralisé.
Tentons quelque chose pour « fill the gap » entre DRO et valeurs.
Vous notez « Le simple fait de se comporter d'une manière orientée par
une valeur est en soi-même renforçant pour l'être humain. ». Le
problème est que nous risquons de nous mordre la queue ! Une valeur
correspondrait à un ensemble de stimulus qui compte pour nous, donc
qui serait renforçant. Comment alors le simple fait de se comporter en
direction de cette valeur pourrait également être renforçant ? C'est
un peu comme si je disais que la mère de Tom le laisse jouer avec sa
console de jeux quand il a rangé sa chambre et mis la table et que je
considérais alors que le fait de ranger sa chambre est renforçant pour
Tom (nb : c'est jouer avec sa console qui est renforçant, pas une
partie de l'activité qui entraîne l'apparition de ce renforcement). La
seule ligne argumentaire que j'entrevois est de considérer que le
concept de valeurs a été choisi parce qu'il est plus qu'un simple
renforcement. Si j'ai bien saisi, les valeurs ne sont pas des buts à
atteindre, mais des directions vers lesquelles tendre (pas « être avec
ma fille le jour de la remise des diplômes » mais « être une mère
attentionnée »). Ce qui signifierait que toute action en direction
d'une valeur apporterait un renforcement « intermédiaire »,
vraisemblablement verbal, qui serait en quelque sorte « auto-
administré ».
Si je pousse plus loin, ne pourrait-on imaginer que comme il est par
définition impossible d'atteindre une valeur, ces renforcements
intermédiaires n'apparaîtraient que de façon intermittente (comment
être certain qu'un comportement donné va bien dans le sens d'une
valeur ?), ce qui contribuerait à mettre en place des comportements
moins sensibles à l'extinction (les programmes variables engendrent
des comportements qui sont moins rapidement mis à extinction) ?
Resterait alors à se demander pourquoi certains d'entre nous perdent
l'habitude d'émettre des comportements en direction de leurs valeurs…
En espérant que ce raisonnement n'ait pas été trop guidé par la force
de mon imagination ! Merci de vos commentaires/réponses à tous sur ces
points.
Je termine sur le matching généralisé (de mémoire car il y a fort
longtemps que je ne me suis pas penché sur ce sujet). Cette loi
mathématique stipule que l'ensemble des comportements va se répartir
entre les sources de renforcement disponibles, par exemple entre 2
programmes VI concurrents, ainsi qu'entre toutes les autres sources de
renforcement non organisées a priori (par l'expérimentateur). Ainsi,
on peut penser que les comportements vont se répartir entre évitements
et activation qui amènent des renforcements à court terme, mais qu'en
augmentant le renforcement des autres comportements possibles, par
exemple en mettant l'accent sur les valeurs, va contribuer à une
diminution des cmpts actuellement renforcés.
Amicalement,
JL
Jean-Louis MONESTES
Service Universitaire de Psychiatrie
Neurosciences Fonctionnelles & Pathologies
CNRS UMR 8160
Centre Hospitalier Ph. Pinel
Route de Paris -DURY
80044 AMIENS CEDEX 1
FRANCE
--- In reseaufrancophoneact@yahoogroups.com, Philippe Vuille <phve@...
> wrote:
>
> Bonjour Jean-Louis et bienvenue sur notre forum.
>
> Je suis heureux que la discussion s'anime. J'ai malheureusement fait
> l'erreur hier soir d'envoyer la copie de notre précédente
discussion
> depuis l'adresse phve@... qui me cause bien des déboires et que
> je vous remercie de ne plus utiliser. Je vais faire une nouvelle
> tentative tout-Ã -l'heure.
>
> Votre question est intéressante mais je crains de manquer des
> compétences nécessaires pour y répondre. Même si j'ai dévoré
tout ce
> que j'ai pu trouver comme littérature behavioriste depuis 2003 avec
> l'enthousiasme des nouveaux convertis, mes connaissances restent
> théoriques et manquent de la profondeur que donnent les années de
> pratique. Je me lance à l'eau tout de même. Je crois que le
processus
> d'exposition tel que le conçoit Kelly peut effectivement être
> interprété en termes de DRO. Toute la question est de savoir quel
est
> le renforcement. Quand on cherche à diminuer les comportements
> d'automutilation d'un enfant en lui offrant un renforçateur Ã
chaque
> fois qu'il a passé une période de temps sans les émettre, on
renforce
> effectivement les autres comportements émis (le terme de DRO pour
> «other behaviors» est ainsi sans doute plus pertinent que celui de
DR0
> pour «zero behavior»).
>
> Kelly aime bien citer la règle de l'homme mort qu'on doit à Og
Lindsley
> (Cf
> http://www.behavior.org/member_news/index.cfm?page=http%3A//
> www.behavior.org/member_news/rr_og.cfm encore un texte qu'il
faudrait
> traduire en français). Si une personne morte peut produire le
> «comportement» aussi bien qu'un homme vivant, ce n'est pas un
objectif
> très intéressant à modifier. Donc davantage que de faire cesser
un
> comportement, on cherche effectivement à en établir d'autres. Je
trouve
> cette perspective très fructueuse dans le travail clinique d'une
façon
> générale.
>
> L'originalité de l'approche ACT réside peut-être dans la réponse
donnée
> à la question : Mais où est le renforcement dans cette histoire ?
Dans
> les exemples de DRO donnés dans les manuels comme celui de Martin
et
> Pear, c'est simple : Si Gerry produit pendant 2 minutes d'autres
> comportements que celui de se gratter, il reçoit des jetons qu'il
> pourra échanger contre du temps passé devant la télévision,
l'accès Ã
> des jeux vidéo ou des sucreries.
>
> La définition du renforcement est fonctionnelle : Un stimulus est
un
> renforçateur positif si sa présentation augmente la fréquence de
la
> réponse qui le produit. Comment pouvons-nous arranger les
contingences
> pour obtenir le type de DRO qui est illustré par les figures 1 et 2
du
> chapitre de Kelly et Amy sur les valeurs ? Je crois que c'est la
> question à laquelle ils essaient de répondre en particulier dans
la
> seconde partie du chapitre.
>
> La question des valeurs est difficile théoriquement. Je ne me sens
pas
> assez sûr pour me lancer dans une élaboration personnelle et la
> traduction des passages correspondants du livre ACT de 1999 et aussi
du
> livre ACT for Pain dans lequel se trouve une discussion
intéressante
> est au programme mais il y a tant d'autres choses à faire. De
manière
> très résumée : L'être humain a la capacité de construire
verbalement
> des valeurs c'est-à -dire des conséquences globalement désirées
dans sa
> vie. Je sais que j'intercale ici un grand écart théorique. Je suis
> incapable de reconstruire le raisonnement qui va de la phrase
> précédente à celle qui va venir dont je trouve toutefois qu'elle
fait
> sens en regard de mon expérience personnelle et professionnelle (je
> l'ai lue mais je ne sais plus où) : Le simple fait de se comporter
> d'une manière orientée par une valeur est en soi-même renforçant
pour
> l'être humain.
>
> Je ne sais pas si j'ai répondu à votre question. A mon tour de
vous en
> poser une : J'ai relu ce qu'écrit Catania à propos du matching
> généralisé et j'ai de la peine à faire le lien avec
l'utilisation que
> vous faites de ce terme ici. Pourriez-vous développer votre pensée
à ce
> propos ?
>
> Encore merci pour cette intéressante discussion
>
> Cordialement
>
> Philippe
>
>
>
> Docteur Philippe Vuille
> Psychiatrie et psychothérapie FMH
> Moulins 51
> CH-2004 Neuchâtel 4
>
> Tél. +41 32 724 77 79
> Fax. +41 32 846 17 30
> Le 19 déc. 06, à 23:27, jlmonestes a écrit :
>
> > Bonjour à tous,
> > heureux de me joindre à vous. Je suis psychologue en France et
très
> > content
> > que des échanges s'instaurent sur ACT en francais.
> > Merci à Philippe du travail accompli sur le chapitre sur les
valeurs.
> >
> > Cela m'amène une question:
> >
> > Les auteurs parlent de l'exposition et ils expliquent que le but
va
> > être
> > non pas de diminuer les évitements et l'activation
neurovégétative,
> > mais
> > d'élargir le répertoire comportemental, ils affirment que «
Même si le
> > déclenchement de l'activation neurovégétative et l'évitement
seront
> > généralement réduits par un tel traitement, ce n'est pas leur
> > réduction qui
> > en constitue le but premier. ». A priori, cela semble opposé Ã
ce
> > qu'on
> > propose en TCC ou on va chercher à faire diminuer ou disparaitre
le
> > symptome, mais ne peut on pas considérer alors que ce qui est
mis en
> > place
> > est une sorte de "renforcement différentiel" (DRO)?
> > Dans un renforcement différentiel, on tente de parvenir à une
> > réduction d'un
> > comportement qui pose problème de façon indirecte, en supposant
qu'il
> > diminuera lorsque d'autres comportements augmenteront en
fréquence
> > (loi du
> > matching généralisé) ? Ici, l'idée semble être la même,
non?
> > Et si oui, que fait-on? Du DRO ou une sorte "d'exposition
> > généralisée"?
> >
> > Amicalement,
> > JL
> >
> > Jean-Louis MONESTES
> > Service Universitaire de Psychiatrie
> > Neurosciences Fonctionnelles & Pathologies
> > CNRS UMR 8160
> > Centre Hospitalier Ph. Pinel
> > Route de Paris -DURY
> > 80044 AMIENS CEDEX 1
> > FRANCE
> >
> >
> >
>