Bonjour Jean-Louis et bienvenue sur notre forum.
Je suis heureux que la discussion s'anime. J'ai malheureusement fait
l'erreur hier soir d'envoyer la copie de notre précédente discussion
depuis l'adresse phve@... qui me cause bien des déboires et que
je vous remercie de ne plus utiliser. Je vais faire une nouvelle
tentative tout-Ã -l'heure.
Votre question est intéressante mais je crains de manquer des
compétences nécessaires pour y répondre. Même si j'ai dévoré tout ce
que j'ai pu trouver comme littérature behavioriste depuis 2003 avec
l'enthousiasme des nouveaux convertis, mes connaissances restent
théoriques et manquent de la profondeur que donnent les années de
pratique. Je me lance à l'eau tout de même. Je crois que le processus
d'exposition tel que le conçoit Kelly peut effectivement être
interprété en termes de DRO. Toute la question est de savoir quel est
le renforcement. Quand on cherche à diminuer les comportements
d'automutilation d'un enfant en lui offrant un renforçateur à chaque
fois qu'il a passé une période de temps sans les émettre, on renforce
effectivement les autres comportements émis (le terme de DRO pour
«other behaviors» est ainsi sans doute plus pertinent que celui de DR0
pour «zero behavior»).
Kelly aime bien citer la règle de l'homme mort qu'on doit à Og Lindsley
(Cf
http://www.behavior.org/member_news/index.cfm?page=http%3A//
www.behavior.org/member_news/rr_og.cfm encore un texte qu'il faudrait
traduire en français). Si une personne morte peut produire le
«comportement» aussi bien qu'un homme vivant, ce n'est pas un objectif
très intéressant à modifier. Donc davantage que de faire cesser un
comportement, on cherche effectivement à en établir d'autres. Je trouve
cette perspective très fructueuse dans le travail clinique d'une façon
générale.
L'originalité de l'approche ACT réside peut-être dans la réponse donnée
à la question : Mais où est le renforcement dans cette histoire ? Dans
les exemples de DRO donnés dans les manuels comme celui de Martin et
Pear, c'est simple : Si Gerry produit pendant 2 minutes d'autres
comportements que celui de se gratter, il reçoit des jetons qu'il
pourra échanger contre du temps passé devant la télévision, l'accès Ã
des jeux vidéo ou des sucreries.
La définition du renforcement est fonctionnelle : Un stimulus est un
renforçateur positif si sa présentation augmente la fréquence de la
réponse qui le produit. Comment pouvons-nous arranger les contingences
pour obtenir le type de DRO qui est illustré par les figures 1 et 2 du
chapitre de Kelly et Amy sur les valeurs ? Je crois que c'est la
question à laquelle ils essaient de répondre en particulier dans la
seconde partie du chapitre.
La question des valeurs est difficile théoriquement. Je ne me sens pas
assez sûr pour me lancer dans une élaboration personnelle et la
traduction des passages correspondants du livre ACT de 1999 et aussi du
livre ACT for Pain dans lequel se trouve une discussion intéressante
est au programme mais il y a tant d'autres choses à faire. De manière
très résumée : L'être humain a la capacité de construire verbalement
des valeurs c'est-à -dire des conséquences globalement désirées dans sa
vie. Je sais que j'intercale ici un grand écart théorique. Je suis
incapable de reconstruire le raisonnement qui va de la phrase
précédente à celle qui va venir dont je trouve toutefois qu'elle fait
sens en regard de mon expérience personnelle et professionnelle (je
l'ai lue mais je ne sais plus où) : Le simple fait de se comporter
d'une manière orientée par une valeur est en soi-même renforçant pour
l'être humain.
Je ne sais pas si j'ai répondu à votre question. A mon tour de vous en
poser une : J'ai relu ce qu'écrit Catania à propos du matching
généralisé et j'ai de la peine à faire le lien avec l'utilisation que
vous faites de ce terme ici. Pourriez-vous développer votre pensée à ce
propos ?
Encore merci pour cette intéressante discussion
Cordialement
Philippe
Docteur Philippe Vuille
Psychiatrie et psychothérapie FMH
Moulins 51
CH-2004 Neuchâtel 4
Tél. +41 32 724 77 79
Fax. +41 32 846 17 30
Le 19 déc. 06, à 23:27, jlmonestes a écrit :
> Bonjour à tous,
> heureux de me joindre à vous. Je suis psychologue en France et très
> content
> que des échanges s'instaurent sur ACT en francais.
> Merci à Philippe du travail accompli sur le chapitre sur les valeurs.
>
> Cela m'amène une question:
>
> Les auteurs parlent de l'exposition et ils expliquent que le but va
> être
> non pas de diminuer les évitements et l'activation neurovégétative,
> mais
> d'élargir le répertoire comportemental, ils affirment que « Même si le
> déclenchement de l'activation neurovégétative et l'évitement seront
> généralement réduits par un tel traitement, ce n'est pas leur
> réduction qui
> en constitue le but premier. ». A priori, cela semble opposé à ce
> qu'on
> propose en TCC ou on va chercher à faire diminuer ou disparaitre le
> symptome, mais ne peut on pas considérer alors que ce qui est mis en
> place
> est une sorte de "renforcement différentiel" (DRO)?
> Dans un renforcement différentiel, on tente de parvenir à une
> réduction d'un
> comportement qui pose problème de façon indirecte, en supposant qu'il
> diminuera lorsque d'autres comportements augmenteront en fréquence
> (loi du
> matching généralisé) ? Ici, l'idée semble être la même, non?
> Et si oui, que fait-on? Du DRO ou une sorte "d'exposition
> généralisée"?
>
> Amicalement,
> JL
>
> Jean-Louis MONESTES
> Service Universitaire de Psychiatrie
> Neurosciences Fonctionnelles & Pathologies
> CNRS UMR 8160
> Centre Hospitalier Ph. Pinel
> Route de Paris -DURY
> 80044 AMIENS CEDEX 1
> FRANCE
>
>
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