Bonjour Rafaël,
J'essaie de vous répondre depuis l'interface yahoo, merci de me signaler si la
peste des
caractères chinois se loge dans ce courrier comme dans d'autres auparavant.
Je ne sais pas ce que c'est que l'ACT pure et dure ou plutôt j'ai ma petite
idée. Elle se
résume dans une anecdote que je viens de lire sur le forum «ACT_for_the_public».
Un
participant demandait quel livre il faudrait garder sur une île déserte. Mind
over Mood de
Padesky and Greenberger (un excellent ouvrage destiné aux patients, totalement
inspiré
par le modèle TCC) ou le fameux Get Out Of Your Mind an Into Your Life (GOOYAIM
pour
les intimes) de Steve Hayes. Réponse de Vijay Shankar, un thérapeute expérimenté
en ACT
: Regardez lequel de ces deux livres vous aidera mieux à vivre d'une façon qui
corresponde à ce qui est vraiment important pour vous à long terme. Et conservez
celui-
là. Paradoxalement, si cela vous conduit à jeter GOOYAIM dans la mer, vous aurez
agi en
conformité avec le modèle de l'ACT.
Il m'arrive encore et encore d'être confronté à des situations où, que ça me
plaise ou non,
ce n'est pas l'ACT qui marche le mieux. J'aimerais beaucoup pouvoir échanger de
façon
concrète à propos de mon travail avec mes collègues anglophones comme je peux le
faire
avec les francophones en leur montrant des vidéo. Le problème c'est que pour ça
il faut
des patients anglophones et ils ne se bousculent pas vraiment au portillon à
Neuchâtel.
Donc il y a quelques mois un patient anglophone me consulte et de plus il
accepte d'être
enregistré. Bien rapidement, je réalise qu'il arrive avec un problème de trouble
anxieux
réactionnel à un harcèlement professionnel où la solution qui «marche» le mieux,
des
années d'expérience me l'ont appris, est qu'il donne son congé et qu'il soit mis
à l'arrêt de
travail jusqu'à la fin du contrat avec son employeur. C'est dans cette direction
que nous
avons travaillé. 4 séances et quelques semaines plus tard il avait trouvé un
autre boulot,
se sentait beaucoup mieux et n'avait plus besoin de traitement. Envolé, mon bel
exemple
de travail «ACT» que j'aurais pu montrer à mes collègues. Mais dites donc, c'est
quoi qui
compte ? Montrer aux collègues anglo-saxons que je suis un bon élève ? Ou plutôt
que
mon patient ait pu reprendre sa route ? Ç'aurait sans doute été catastrophique
de
commencer à vouloir lui apprendre à se défusionner de son histoire et autre
blabla
ACTisant. Il n'avait pas besoin de ça. Comme le disait Gisela Perren (une
collègue
particulièrement expérimentée dans le travail avec les personnes ayant vécu un
traumatisme) : Quand les gens arrivent de la catastrophe, couverts de boue et de
sang, ce
n'est pas d'un debriefing avec un psy qu'ils ont besoin mais d'un repas chaud,
d'une
douche et d'une bonne nuit de sommeil.
Même problème avec la prescription de médicaments. Si ça peut aider le patient à
aller de
l'avant, je vais en prescrire même si je peux avoir la pensée (quels sont les
trois chiffres ?)
que les médicaments c'est «pas bien».
Apparemment vous avez trouvé un moyen de faire avancer votre travail dans la
direction
qui vous est chère, de le faire davantage ressembler à ce que vous rêvez qu'il
soit.
S'orienter en fonction des valeurs de la personne est effectivement très
libérateur. Ça nous
enlève beaucoup de pression et nous permet d'être dans une relation plus
authentique et
plus proche avec elle.
Quant à la défusion, tout ce qui va aider la personne à interagir avec ses
pensées, images
et sensations physiques désagréables autrement que par la fuite va aller dans ce
sens. Le
type de travail relationnel que vous décrivez va inévitablement permettre des
expériences
de ce genre. Je crois davantage à l'effet de processus de défusion modélisés par
le
thérapeute qu'à l'enseignement «ex cathedra» ou pontifiant d'une théorie
assaisonnée
avec des exercices qui risquent fort de ne pas être faits et de nous faire
retomber dans le
piège de la pliance/contre-pliance où les adolescents n'ont que trop tendance à
nous
ramener car c'est un terrain sûr qu'ils connaissent bien et où ils sont à
l'aise. Tout ce qui
va offrir des ouvertures sur d'autres territoires va inévitablement favoriser
des processus
de défusion.
Merci pour votre feedback et bonne route !
Philippe
--- In reseaufrancophoneact@yahoogroups.com, "rvignando" <rvignando@...> wrote:
>
> Bonjour tout le monde,
>
> Je voulais juste vous dire qu'en quelques mois, j'ai intégré dans ma
> prise en charge des adolescents délinquants dont je m'occupe cette
> notion fondamentale de valeurs. Je ne fais pas de l'ACT pure et dure
> (je fais une compilation schéma, mode de Young / ACT / TCC) mais j'ai
> retenu cet aspect qui permet parfois de donner du sens aux
> changements de comportements.
> En effet, pour certains, une prise de conscience de leurs
> comportements déviants répondant à une logique de gratification court-
> terme au détriment de la vie qu'ils souhaiteraient avoir peut
> redonner, créer ou maintenir une motivation à changer de direction
> dans leur vie.
>
> J'essaye d'animer en même temps leur curiosité en leur disant
> d'essayer ce chemin (les nouveaux comportements qui sont au service
> de ce qui est le plus important pour eux) comme une expérience et
> d'observer les résultats concrets qui en découlent.
>
> Pour certains, cette approche du changement est vraiment aidante.
>
> Tout ce qui est de l'ordre de la défusion est une autre histoire..
> (réservé aux plus motivés...y en a pas tant que ça :-)
>
> Finalement, mettre en lumière les valeurs de l'adolescent et lui
> faire comprendre qu'il a le choix de la direction qu'il veut prendre
> dans son parcours de vie indépendemment du contexte dans lequel il se
> trouve (foyer, prison, etc. ) permet de le responsabiliser sans
> provoquer de resistances. Et ça c'est déjà énorme...
>
> A bientôt !
>
> Rafaël
>